Les femmes et la science 2 mai 2017

Le 30 mars 2017, dans le cadre de L'Equal Pay day® journée de l'égalité des salaires, l’association BPW Perpignan a organisé une conférence autour du thème « Les femmes et la science ». Son but étant de sensibiliser les jeunes filles et en particularité les étudiantes aux métiers scientifiques ainsi qu’aux difficultés rencontrées par les femmes engagées dans cette voie. Cette conférence s’est tenue dans les locaux de l’Université de Perpignan  où Jean Peytavi, et Samira El Yacoubi, nous ont chaleureusement accueillis.

Les deux invitées, Carmen Lara Manes, chercheuse en biologie moléculaire et cofondatrice de la start-up Microbia Environnement et Samira El Yacoubi, directrice départementale  du secteur mathématiques de l’UPVD ont présenté leur métier et leur parcours personnel dans ces branches encore trop souvent réservées aux hommes.

En introduction, Laurence Pendeliau, présidente de BPW Perpignan nous a rappelé quelques chiffres (29 % de femmes en classe préparatoire) qui prouvent qu’aujourd’hui encore persistent une forte tendance pour les femmes à ne pas s’orienter vers des métiers dits « masculins », ainsi que des difficultés d’insertion dans certaines carrières et des inégalités salariales tenaces. Malgré les actions menées  au sein de l’éducation nationale ou par certaines associations de femmes, l’accès à l’égalité n’est pas acquis et reste un combat important pour les jeunes générations.

Cependant, comme nous avons pu le constater le soir même, très peu d’étudiantes se sentent concernées par ce sujet. Ainsi, deux seulement étaient présentes à la conférence. Jean Peytavi à son tour a regretté l’absence d’étudiants en général. Si l’Histoire est racontée essentiellement par les hommes, défendre cette égalité si naturelle est un véritable combat politique, non sexué, qui nous touche tous, hommes et femmes confondus.

Les témoignages qui ont suivi nous ont permis de mieux comprendre les problèmes auxquels sont confrontées les femmes qui s’orientent vers des carrières scientifiques et qui de plus sont d’origine étrangère, ce qui a contribué à enrichir cet échange.    

BPW Perpignan - Samira El Yacoubi   (à gauche) et Carmen Lara Manes (à droite) - Les femmes et la science - Conférence Equal Pay Day 2017 - Université de Perpignan  (4).jpg

Comme l’a fait remarquer Carmen Lara Manes "pendant longtemps, les femmes qui détenaient des petites connaissances ont été considérées comme des sorcières, alors que les hommes passaient pour des savants".
Elle-même est née au Brésil où elle a passé un master en biochimie puis a poursuivi ses études en Belgique où elle a obtenu son doctorat à l’université de Gand. Après avoir travaillé en CDD pendant plusieurs années en France et au Brésil et présenté trois concours, elle a finalement obtenu un poste à l’observatoire océanographique de Banyuls-sur-Mer (2003) où elle a rencontré Delphine Guillebaut avec qui elle forme une équipe de chercheurs en biologie moléculaire (identification des micro  organismes nuisibles dans l’eau).

Si sa carrière de chercheuse a été entravée, c’est en grande partie à cause des années consacrées à ses deux enfants, comme si « faire un enfant » était une perte de temps. « Un trou de deux ans par enfant dans un CV n’est pas forcément bien vu par un jury de concours qui demande toujours à une femme de le justifier ».

Samira El Yacoubi quant à elle est née au Maroc dans une famille nombreuse, d’un milieu favorisé. Après avoir choisi les mathématiques appliquées (très peu de filles dans cette discipline bien que leur taux de réussite soit très fort), elle vient en France où elle présente un DEA à Montpellier. De retour au Maroc, elle enseigne un temps à l’université et revient pour terminer sa thèse d’état  à Perpignan. Elle obtient finalement un poste de maître de conférences en 2016, alors qu’elle aurait pu l’obtenir en 2009. Pour elle aussi, sa carrière a été retardée par le fait d’avoir un enfant car l’indice d’avancement est moins fort que celui d un homme. De plus, ce milieu universitaire reste essentiellement masculin (peu de femmes ont le grade de professeur).

Les deux intervenantes ont ensuite répondu avec humour  aux nombreuses questions du public et un débat fort animé a suivi ces deux témoignages qui présentent de nombreux points communs :

- Nées à l’étranger, après des études scientifiques de très bon niveau dans leur pays d’origine, elles choisissent de terminer leur cursus en France pour conquérir une certaine liberté et une indépendance. Le détachement familial est parfois douloureux mais elles l’assument pour leur carrière et par besoin d’émancipation. Cependant, si elles parviennent à terminer leurs études de manière brillante, l’insertion dans la vie professionnelle s’avère plus difficile :

- Les postes aux concours sont souvent réservés aux hommes « c’est là que commence l’ injustice», et malgré la loi sur la parité, des préjugés persistent quant à leur niveau, surtout en cas d’interruption pour maternité. Ainsi, les filles semblent avoir plus de chances d’être sélectionnées sur dossier que sur concours. Les « réseaux » dans ces professions sont encore très masculins et la solidarité entre femmes chercheuses n’est pas évidente. En effet, ce métier demande une grande disponibilité sans horaires fixes (on travaille parfois tous les jours sans compter les heures).

Ces difficultés font que de nos jours, beaucoup de jeunes femmes désireuses de préserver leur vie privée s’engagent moins dans ces métiers et 50% des femmes abandonnent car  souvent «une femme sacrifie plus facilement sa carrière qu’un homme ». Au final, pour nos deux chercheuses, le soutien  de leur conjoint a été déterminant car c’est grâce à lui qu’elles ont pu concilier vie familiale et vie professionnelle.

Pour conclure, les choses ont bien évolué depuis le Moyen Age, Les femmes qui aiment les sciences ne sont plus considérées comme des sorcières, mais elles doivent continuer à résister  et à se battre pour  justement éviter de devoir encore « vendre leur âme au diable… »

Les échanges se sont poursuivis autour d’un apéritif fort sympathique au cours duquel nous avons pu faire plus amplement connaissance. Nous remercions tous ceux qui nous ont permis d’échanger nos expériences et d’organiser cette soirée.